LES ENTREPRISES FRANÇAISES DE L'ÉTRANGER SONT NOS PREMIÈRES AMBASSADRICES
- 5 mai
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L'ENTREPRISE FRANÇAISE À l'ÉTRANGER

M. Alain TAÏEB, CEO de Mobilitas, président du Forum EFE, vice-président de l'UFE.
1- Quelle perception avez-vous de l'émigration française?
On a l'impression qu'un émigré est quelqu'un qui fuit alors que c'est simplement le hasard de la vie qui fait que vous quittez votre pays. Il suffit d'une rencontre à Lima, que vous tombiez amoureux d'une péruvienne, et que celle-ci devient votre épouse, alors vous devenez en quelques années possiblement franco-péruvien et vos enfants le seront à leur tour. Et ainsi se construit la France de l'étranger, à travers de belles histoires d'amour, belles et parfois malheureusement brèves mais le plus souvent bien réelles. Alors, vous avez aussi et surtout l'économie de l'individu en quête d'une vie nouvelle, je pense à ce jeune Français arrivé tout jeune à Hong Kong, il a très tôt créé une entreprise, il a aujourd'hui 6000 employés. L'expatrié ce n'est pas le fantasme de l'évadé fiscal, c'est d'abord l'entrepreneur, créateur de richesse et pourvoyeur d'emplois dans le pays qui l'a accueilli. L'entreprise française à l'étranger concourt au développement de ces pays, et elles emploient souvent aussi des français immigrés, à la faveur de la langue, du pays d'origine, et plus le pays est loin de la France, plus la force solidaire est grande.
2- Votre groupe contribue-t-il à cette force d'attraction?
Notre groupe est de droit français et on ne peut pas considérer que nos succursales à l'étranger soient des EFE quand bien même on doit avoir 200 à 300 français qui travaillent pour nous dans les différents pays. Une EFE est une création ex-nihilo par un Français qui s'est établi à l'étranger avec ce projet de création ou que la chose se soit réalisée sans le vouloir initialement mais par opportunité, une volonté nouvelle, une reconversion. Créer ou évoluer dans une entreprise à l'étranger, c'est formidable parce voyez-vous chez nous je vois ceux qui ont commencé à 25 ans, ils ont 40 ou 45 aujourd'hui et s'ils sont performants, ils finissent par se retrouver à des postes de management de sites voire même certains sont maintenant à l'état-major du groupe. Alors oui travailler dans un groupe français à l'étranger créé davantage d'opportunités en raison même d'un réseau national identifié, de l'attachement au pays natal, et davantage encore dans un pays francophone.
3- Quelle est la réalité des entreprises françaises à l'étranger?
Nous entreprenons un répertoire des Entreprises Françaises de l'Étranger (EFE) malgré le fait qu'elles ne soient pas enregistrées dans nos consulats. Elles sont par nature économiquement et fiscalement liées à l'économie du pays de domicile. Les EFE participent d'abord à la vie économique et sociale, fiscale du pays de résidence.
4- Est-ce que les EFE s'appuient sur les relais de terrain que sont les consuls honoraires?
Le consul honoraire est là pour prolonger le travail du consul général dans des compétences somme toute limitées... ici en Afrique, avec aussi ce que nous appelons des ilotiers qui peuvent être un relais ou un témoin d'une situation problématique, d'un accident ou tout autre risque pour un nouvel entrepreneur français. Aussi, l'accompagnement des EFE est important pour les premières années d'activité comme tout autant pour le rayonnement de la France auprès des populations autochtones, des États des pays d'accueil, l'ouverture de voies pour d'autres entreprises françaises souhaitant s'implanter dans ces pays ou y installer une succursale.
5- Quelle orientation des pouvoirs publics permettrait de renforcer la création d'EFE?
C'est d'abord des moyens donnés aux chambres de commerce bilatérales qui ont vocation à faire le job, et le feraient avec plus de résultats si leur budget était mieux fléché sur les EFE, en tous cas autant que les entreprises exportatrices. Une EFE implantée depuis deux, trois voire quatre générations implantées par exemple au Mexique sera toujours plus influente et utile à la France qu'une nouvelle succursale ou une antenne diplomatique. Sur le plan concret l'agence Business France pour la gestion des VIE et nous au travers du forum des EFE, on joue la pleine complémentarité pour conforter les entrepreneurs français en tous besoins et surtout contribuer à organiser des rencontres avec des investisseurs locaux comme des fonds d'investissement internationaux.
6- Comment favoriser le VIE (Volontariat International en Entreprise) dans les secteurs de la manufacture et de l'agriculture?
Il faut que Business France encourage la chose et promeuve le VIE au sein des lycées professionnels, que l'agence trouve des synergies avec les savoir-faire d'EFE dans ces secteurs. Il nous faut déjà nous les répertorier au plus grand nombre. Et toute la difficulté vient que bon nombre d'entrepreneurs à l'étranger ne souhaitent pas être identifiés par une entité française ou toute autre qui ne l'oblige, sauf à ce que les moyens de recensement utilisés pour ce faire participent de leur valorisation, aient une utilité économique. Aussi discret soit-elle la communauté des EFE est un soft power puissant. Le forum des EFE est écouté par les instances administratives, locales comme françaises.
7- A propos du VIE, peut-on imaginer que le VIE soit davantage axé sur des jeunes sans formation, et donc que des EFE contribuent à l'apprentissage des Français de l'hexagone?
Si le dispositif de VIE était davantage axé sur le registre des jeunes sans-emploi ou en formation, le pays hôte verrait d'un mauvais œil le fait qu'on prive ses propres ressortissants de cette aubaine, et d'autant plus qu'employer des locaux contribue au développement du pays. Et le pays d'accueil ne donnera pas le visa de travail pour ce type de personnes. Donc pour les contrats de travail à basse valeur ajoutée, c'est un peu particulier, il faut savoir que le VIE n'est légalement pas le salarié de l'entreprise. Il est le salarié de Business France; c'est le rôle principal de Business France que de choisir des secteurs économiques utiles. Par ailleurs c'est cette agence et pas l'entreprise qui est garante de la responsabilité de la mission du VIE, donc de son contrat et de sa mobilité. Si on prend l'exemple d'une situation de crise politique ou de guerre, c'est le MAE à travers Business France qui décide du rapatriement des VIE, pas l'entreprise. Par ailleurs, il y a des pays qui sont fermés ou parce que la France n'a pas réussi à négocier avec les États où se trouvent les entreprises françaises.
8- Ou peut-être faudrait-il légiférer pour que cet apprentissage soit intégré à un service national obligatoire assorti d'une mission professionnelle complémentaire. Dispositif qui pourrait consacrer une première expérience professionnelle?...
On ne peut pas avoir meilleur cadre que les EFE, ce sont des magnifiques relais de transmission des savoir-faire locaux, des pratiques et usages du pays d'accueil, davantage que ceux que pourraient leur apporter les filiales de boîtes françaises à l'étranger, parce que les patrons d'EFE sont toujours plus intimement implantées. Dans certains cas, on a plusieurs générations qui se sont succédées, donc c'est là qu'on a les meilleurs décodages des usages économiques et sociaux. Par ailleurs, la francophonie est un atout fondamental en Afrique; on y a les meilleures introductions, malgré le forcing de nouvelles puissances étrangères et surtout des Chinois.
9- Pensez-vous que l'on puisse concevoir l'homogénéité d'une diaspora française?
On ne conçoit pas encore de diaspora française à proprement dit, on parle de Français de l'étranger, et on ne voit pas cette communauté nationale qui est somme toute la plus dispersée de toutes celles existantes dans le monde comme très homogène et solidaire. Alors pour le devenir peut-être faudrait-il que le maillage, les réseaux soient plus fédérateurs. Oui c'est sûr, il y a effectivement des actions et des comportements nécessaires pour que les Français de l'étranger se retrouvent mais il semble que le Français est fondamentalement individualiste. De la même manière qu'en France, on dit que les entreprises doivent travailler avec les diasporas africaines pour faciliter des passerelles avec leur pays d'origine et l'implantation d'EFE. Le propre d'une diaspora est d'abord l'idée d'une solidarité entre ses membres avant d'être un outil de stratégie d'influence, la volonté de participer en commun à la vie citoyenne du pays tout en préservant son appartenance à la nation lointaine, ne serait-ce que par l'élection de ses représentants parlementaires et consulaires.

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