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LA FABRIQUE DU CITOYEN 
série parlementaire / 001

avril 2026

la fabrique du citoyen français à l'étranger

5 questions à  Sophie Brillante Guillemont
Sénatrice représentant les Français établis hors de France
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1— Que pourrait prendre la forme d’une action pédagogique à l’attention des enfants des Français établis hors de France, âgés de 17 et 18 ans, et inscrits dans un établissement scolaire hors AEFE, afin de pouvoir leur transmettre l’essentiel de l’Histoire des institutions françaises et de droit constitutionnel élémentaire ? Que pensez-vous d’une masterclass itinérante, du type « séminaire républicain », porté des jeunes juristes et dans le cadre du volontariat international ?

 

Vous avez tout à fait raison : les jeunes Français établis à l’étranger, qui ne sont pas scolarisés dans un établissement du réseau AEFE, sont plus exposés au risque de voir leur lien avec la France se distendre – voire ne pas se construire – même s’il existe désormais des écoles du réseau Français Langue Maternelle (FLAM) permettant précisément d’apprendre la langue française ainsi que sa culture aux plus jeunes. 

Concernant l’histoire des institutions françaises et le droit constitutionnel élémentaire, je rappelle qu’il n’y a que très peu de bases de droit enseignées au lycée de manière générale. La proposition que vous soumettez est intéressante et devrait en réalité s’adresser à l’ensemble des jeunes Français de l’étranger sur le point d’atteindre l’âge adulte.  

J’émets toutefois quelques réserves quant à sa mise en œuvre. Il faudrait que cette formation soit dispensée par de jeunes juristes, ce qui peut restreindre le vivier des participants ou des volontaires. Surtout que le volontariat international repose avant tout sur l’engagement personnel et qu’il reste, par définition, facultatif. 

Peut-être pourrions-nous alors envisager une autre piste, en mobilisant les Français déjà établis localement. Ou encore : intégrer ce module dans la Journée Défense et Citoyenneté, d’autant plus qu’une version dématérialisée de cette dernière est actuellement à l’étude. Elle pourrait être complémentaire d’une masterclass proposée par des juristes français locaux, en lien avec les Conseillers des Français de l’étranger de chaque circonscription, qui connaissent finement nos institutions. Ces derniers pourraient notamment insister sur l’importance du vote. 

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2— Seriez-vous favorable à un service national civil volontaire (ou obligatoire) à l’étranger, de 6 mois minimum, auprès d’une ONG, d’une institution publique, ou d’une entreprise française établie à l’étranger, pour tous les Français de métropole et d’outre-mer, âgés entre 18 et 20 ans, soit dès après leur baccalauréat ou leur CAP, sans aucun sursis ni exemption possible, sinon avez-vous une proposition alternative en ce sens ?

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Je ne suis, en règle générale, pas favorable aux dispositifs obligatoires. Je crains qu’une telle mesure soit mal perçue par les jeunes, qui risqueraient de la vivre comme une contrainte — un fardeau supplémentaire à un âge charnière, où l’on se forme intellectuellement, où l’on commence à construire ses repères, ses relations, ses projets — plutôt que comme une réelle opportunité.

J’ai également des inquiétudes très concrètes sur les aspects pratiques qu’un tel dispositif soulèverait : hébergement, rémunération, organisation logistique… autant de points qui pourraient vite devenir des obstacles majeurs.

À l’inverse, le service civique constitue une solution déjà existante, éprouvée, fondée sur le volontariat et l’engagement personnel. 

Surtout, il est bien identifié par les jeunes : chaque année, ce sont environ 80 000 jeunes de 16 à 25 ans — soit près de 11 % de leur classe d’âge — qui s’y engagent. Un dixième ! Ce n’est pas négligeable.

Et cela fonctionne, malgré les récentes coupes budgétaires annoncées. Les jeunes s’y investissent pour des missions qui ont du sens, sur des durées de six mois à un an, tout en étant indemnisés.

Ce que l’on sait moins, c’est que le service civique français peut déjà s’effectuer à l’étranger. Ce volet du dispositif est encore peu connu du grand public, mais il souffre surtout d’un accès limité.

Certes, la rémunération des volontaires à l’étranger est légèrement supérieure à celle perçue en France. Mais elle reste souvent insuffisante, notamment parce que de nombreux organismes d’accueil ne proposent pas d’hébergement, ce qui rend le séjour difficilement tenable pour de nombreux jeunes.

C’est d’autant plus regrettable que le principe même du service civique — un engagement citoyen, volontaire, tourné vers l’intérêt général — répond parfaitement aux aspirations de nombreux jeunes Français : découvrir d’autres horizons, enrichir leur parcours, chercher leur voie.

Et à la différence d’Erasmus, il ne suppose pas d’être étudiant. Cela en fait une expérience précieuse, accessible à un public plus large.

La seule façon de redonner de l’élan au service civique à l’étranger serait donc d’augmenter les moyens alloués aux jeunes volontaires, notamment en finançant davantage les missions ne proposant pas d’hébergement. Sans cela, le dispositif risque de rester réservé à une minorité : celle des jeunes issus de familles aisées, capables d’assumer une telle expérience à perte.

Enfin, pour renforcer les liens entre la France et ses communautés expatriées, il pourrait être judicieux d’ouvrir davantage le service civique aux consulats, ambassades, établissements AEFE, ou encore à toute institution liée à l’action de la France à l’étranger.
Cela permettrait non seulement de valoriser notre réseau consulaire et éducatif — encore méconnu de nombreux jeunes vivant en métropole — mais aussi de nourrir une meilleure compréhension mutuelle entre les jeunes Français de l’Hexagone et ceux de l’étranger.

 

 

 

​3- Dans ce cadre, que pensez-vous d'une mission francophone que les bacheliers binationaux devraient accomplir dans le pays de leur seconde nationalité avec un certificat de pratique professionnelle auprès de l'AEFE ?

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Une fois encore, votre proposition est intéressante. Mais comme dans ma réponse précédente, je tiens à préciser d’emblée que je privilégie les dispositifs facultatifs, fondés sur le volontariat, à ceux fondés sur la contrainte et l'obligation.

Sur le principe, je suis plutôt favorable à l’idée que vous avancez. On pourrait en effet imaginer un dispositif permettant d’associer de jeunes Français majeurs — ayant obtenu l’équivalent du baccalauréat dans leur pays de résidence — à un organisme francophone local : consulat, Alliance ou Institut français, lycée français, ou encore association, entreprise ou structure francophone de proximité.

Deux grandes questions restent toutefois en suspens. 

D’abord, si l’on écarte le principe d’un engagement obligatoire, quelle forme d’incitation pourrait-on mettre en place pour encourager ces jeunes à renouer un lien avec la France et ses institutions ? Ensuite, dans quel cadre juridique inscrire cet engagement ?

Encore une fois, le service civique pourrait constituer une piste intéressante. Mais selon mon expérience, les jeunes Français qui se sont déjà éloignés de la France — sur le plan culturel ou institutionnel — ignorent bien souvent jusqu’à l’existence même de ce dispositif.

Il faudrait donc d’abord se poser la question des canaux à mobiliser pour les atteindre : quels relais, quelles formes de communication seraient les plus efficaces ? Et ensuite, comment les convaincre ? 

 

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4- Afin de permettre aux Français établis hors de France d'avoir une meilleure lisibilité du rôle et des missions de chacun des parlementaires les représentant, comment imaginez-vous la proximité nécessaire, physique ou virtuelle entre l'élu national et l'électeur ?

 

Chaque Française et Français de l’étranger a un député et douze sénateurs. La plupart ne le savent pas. Les députés sont à mon sens plus connus, car ils sont élus au suffrage universel direct. Malgré une participation qui laisse à désirer, cela implique une campagne auprès de l’ensemble des Français inscrits sur la liste électorale consulaire de leur circonscription, et force est de constater que malgré le fait que les députés des Français de l’étranger n’aient été mis en place que par la réforme constitutionnelle de 2008, avec première mise en œuvre en 2012, ils sont davantage connus et identifiés que les Sénateurs des Français de l’étranger, qui existent pourtant depuis 1946 !

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En tant que Sénateurs des Français de l’étranger, nous sommes élus par les Conseillers des Français de l’étranger, qui sont des élus locaux : le monde est découpé en 130 circonscriptions et dans chacune d’entre elle il y a des représentants des Français. Ce sont nos électeurs et nous entretenons avec eux des liens extrêmement réguliers. Cela ne nous empêche pas, en ce qui me concerne ainsi que les deux autres Sénateurs de l’Alliance Solidaire des Français de l’étranger – Evelyne Renaud-Garabedian et Jean-Luc Ruelle – d’écrire directement aux Français inscrits sur la liste électorale consulaire pour les tenir au courant de diverses informations les concernant. Ils peuvent nous écrire à tout moment avec des interpellations ou questionnement. Lors de mes déplacements, il m’arrive également d’organiser – en lien avec le ou les Conseillers des Français de l’étranger du pays dans lequel je me trouve – des permanences parlementaires. Ce sont autant d’occasions d’expliquer en quoi consiste notre mandat. 

 

 

5- Considérant à la phrase de Camus : "Ma patrie c'est la langue française", ne songerait-il pas aujourd'hui à ce que la francophonie soit aussi le véhicule des valeurs et principes politiques authentiquement français, si oui lesquels selon vous ?

 

Absolument, et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle il existe de nombreuses organisations construites autour de la francophonie et de l’espace francophone. Cela va de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) à l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie, qui vient de clôturer sa 50ème session, rassemblant plus de 500 parlementaires à Paris venus de tout l’espace francophone. 

Ce que véhicule la langue française, en termes de valeurs et de principes politiques, est une réponse à la fois très personnelle et profondément universelle. En ce qui me concerne, le français est l’incarnation et l’émanation du siècle des Lumières, d’une période où les philosophes ont inventé l’Encyclopédie, par définition avide de connaissances et ouverte sur le monde. C’est une langue qui permet d’insister sur le savoir, le raisonnement scientifique, la rigueur intellectuelle, tout en se voulant profondément libre et permettant de briser tous les carcans.   

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